ÉROS BELGE

FRAGMENTS D’UNE BIBLIOTHÈQUE EN DÉSORDRE, troisième épisode. Inlassablement, je poursuis le déballage de mes cartons. Aujourd’hui, en compagnie d’une trentaine de polars belges, période 30-40 (Stanislas André Steeman, Max Servais, Jean Leger), je trouve ces deux bidules que je ne lirai probablement jamais mais que je conserve pour leur jaquette illustrée.

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Le premier – Liliane, danseuse nue, paru en 1948 aux éditions de la Concorde (rien avoir avec Maurice Girodias) – se termine par « merveilleuses et sereines, leurs deux ombres se frôlent, n’en forment plus qu’une, sous les ailes rouvertes de leur amour. » Tout un programme.
La conclusion du second – Thérèse Dimanche, éditions Léon Grave, 1944 – est plus tragique. « – Mon Dieu !… Pardonnez-moi !… Je l’ai tué pour lui épargner la honte et le chagrin ! »
Je n’en saurai pas plus. Au demeurant, est-ce nécessaire ? L’emballage suffit à mon contentement.

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(sous les jaquettes, la couverture – forcement, c’est plus austère)

FRAGMENTS D’UNE BIBLIOTHÈQUE EN DÉSORDRE : UN SUISSE LUBRIQUE

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Dans le précédent billet – le guide du queutard – j’évoquais au détour d’une phrase « les grandes œuvres pornographiques (mais bien trop méconnues) que Pierre Genève signa dans les années 60 en collections Citer et Véronèse. »
Ça n’a pas du causer à grand monde.
Ça peut se comprendre.
Afin d’éclairer un peu mieux le sujet, en voici donc trois, de ces fameux bouquins. Ils furent édités au début des années 60 par Georges Garnot, un proche de Roger Dermée (les éditions du Trotteur) et d’Edmond Nouveau (les éditions de l’Arabesque).
La belle triplette de filous que voila !

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Combien en existe-t-il d’autre, des bouquins de Genève dans ces deux collections ?
À vue de nez, une demi-douzaine, et sous autant de pseudonymes. La multiplication des signatures rend leur identification malaisée, d’autant que ces bouquins-là sont assez durailles à dénicher.
De véritables edelweiss de la littérature lubrique.

La particularité des romans de Pierre Genève – qui débutait alors dans l’exercice de la polygraphie alimentaire payée au lance-pierre – reste leur vulgarité frénétique.
Du jamais vu pour l’époque.

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Le canevas, toujours rudimentaire, permet tous les dérèglements et l’auteur, qui aime à se qualifier de « Saint-Simon du coït » ou de « Napoléon de la banderie », nous pond à longueur de pages de réjouissantes perlouzes comme « Ma fusée est prête à se satelliser dans sa chagasse » ou « Ma queue était superbe, semblable à un minaret damascène se dressant au-dessus de ses coupoles rondes. » On le sent survolté, le mec. C’est de la pornographie zazou, avec cette impression de lire un Boris Vian azimuté et priapique. « Bander et foutre, c’était mon gagne-pain » nous avoue-t-il.

Dix années et une bonne cinquantaine de romans de gare plus tard – principalement dans le registre de l’espionnage à deux balles – Pierre Genève lancera sur le marché des kiosques et librairies les éditions Euredif, célèbres pour leurs collections pornographiques bon marché à gros tirage. Certains de ses pseudonymes de l’époque Citer & Véronèse – Pépé Larista ou Saint-Amour – continueront à l’accompagner au fil des catalogues mais les débordements de ses débuts n’étaient définitivement plus de mise. L’ancien scribouilleur de cochoncetés à la sauvette était désormais directeur de collection, ça change tout.

Ainsi, si bouffer de la vache enragée donne assurément du nerf au vit, il est regrettable qu’une fois rassasié, celui-ci ne conserve pas sa première verdeur.


Culbutes
, Johnny Fagg, collection Citer 1963
À belles dents, K.R. John, collection Véronèse 1960
Le lit à baldaquin, St Amour, collection Citer 1963

FRAGMENTS D’UNE BIBLIOTHÈQUE EN DÉSORDRE : QUELQUES ROMANS AMÉRICAINS DE CHEZ FERENCZI

(ci-dessus, le # 53 de la collection, 3eme trimestre 1956. Titre original : Young sinners.)

Par la force des choses – principalement une série de déménagements – et en attendant une relocalisation prochaine que je souhaite si ce n’est définitive du moins durable, ma bibliothèque est sous cartons. Les scellés sont en chatterton et les lieux de stockage incluent une ancienne cave viticole et une chambre à coucher.
Il m’arrive parfois d’en exhumer un, de défaire sa bande adhésive et d’extraire de son fond une poignée de bouquins que j’avais complètement oublié, que je pensais perdu ou bien que je cherchais ailleurs…
D’où ces fragments d’une bibliothèque en désordre.

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Épisode 1 : J’ouvre un carton sur le dessus duquel est inscrit au feutre noir indélébile « sexy 50 » et, touillant dans une mélasse d’éditions tardives du Scorpion, de Pierre Horay ou du Terrain Vague, sort huit fascicules de la collection « Romans Américains » des éditions Ferenczi.
Je les ai achetés, me souviens-je, dans une friperie du secours pop’. Ils étaient beaux, peu courants et peu coûteux.
Mais les lirai-je jamais ? Rien n’est moins sûr.
Je me suis essayé à « Jeunesse damnée », appâté par une accroche de couverture (« aux accents déchirants du Jazz-hot ») promettant une belle partie de débauche beat-générationnelle.
Ce ne fut pas le cas.
J’ai eu droit à la place à une romance guimauveuse où les mauvais garçons sont d’affreux cyniques (« comme tant de garçons de cette génération » se lamente l’auteur) et où les filles, lorsqu’elles n’ont pas abdiqué toute fierté, se révèlent être d’indécrottables conformistes ayant confondu épanouissement amoureux et ennui routinier.

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On sent qu’en 1950, le sexy-sociologique avait la conscience cadenassée – bons sentiments et moraline s’y font grossièrement tartiner avec, en guise de conclusion imposée, la perspective d’un bonheur conjugal au chant matinal du merle moqueur.
« L’amour fait des miracles […] et il me semble que je suis née à la vie la nuit où tu as fait de moi ta femme » dixit Une blonde du tonnerre dans un autre roman de la collection.
Adieu vie dissolue, bonjour pavillon de banlieue.
Reste qu’entre leur format inhabituel (128 pages, en 14 par 18cm), leurs belles couvertures aux accroches tapageuses (« l’amour la faisait rire » / « elle disait non mais pensait oui » / « elle avait ce petit quelque chose que les hommes n’oublient pas ») et la perspectives d’y lire quelques récits signés Harry Wittington (ce « mécano du polar » comme l’appelait Raphaël Sorin), force est de se rendre à l’évidence : ces Romans Américains des éditions Ferenczi, tout fleurs-bleues et niaiseux qu’ils soient, je ne pourrai jamais les ignorer.

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Ci-dessus :
En voulez-vous ? Elle en a…, ( # 5 ) 3eme trimestre 1952.
Titre original : She had what it takes.
Elle essaya d’être sage, ( # 6 ) 3eme trimestre 1952.
Titre original : She tried to be good.
Amants au soleil, ( # 18 ) 3eme trimestre 1953.
Titre original : Lovers in the sun.
Le chassé-croisé amoureux, ( # 50 ) 2eme trimestre 1956.
Titre original : Margie is for loving.
Une blonde du tonnerre, ( # 51 ) 3eme trismestre 1956.
Titre original non mentionné.
Martha s’ennuie, ( # 64 ) 3eme trimestre 1957.
Titre original : The doctor’s wife.
Trop de fric, ( # 68 ) 4eme trimestre 1957.
Titre original : Women’s doctor.